Je suis souvent étonné, même troublé, par la rapidité avec laquelle une odeur, toujours inattendue, sortie d'un vieux meuble, d'un ancien
parfum, d'un livre oublié ou d'une fleur peut refaire surgir à grande vitesse un souvenir enfoui en nous, que l'on aurait eu grand mal à retrouver avec de simples paroles. Pas plus tard
qu'hier, je sui tombé, dans la maison de mes parents, sur une ancienne petite boite de parfum d'intérieur à l'huile essentielle de cèdre, perdue au fond d'un placard depuis des années. Surpris de
cette découverte, j'ai saisi la boite. Elle était encore fermée, bien que vieillie par le temps. Je l'ai ouverte, et l'odeur était encore là, intacte. Sitôt pénétrée dans mes narines, la
douce senteur du cèdre a fait jaillir en moi un souvenir datant d'au moins une dizaine d'années, alors que j'étais adolescent. Cette senteur brûlait dans la maison, je m'en suis souvenu, au
moment de Noël. Des images de la salle à manger décorée me sont apparues très nettement, telle qu'était la maison à cette époque. Tout était là, intacte : le feu de cheminée, le sapin, la lumière
hivernale, la disposition des meubles. Je suis resté troublé par ce souvenir, qui semblait si réel.
Je pense que chacun de nous a déjà fait l'expérience de ces voyages dans le temps sous l'impulsion d'une odeur retrouvée. Notre cerveau est un véritable coffre-fort, renfermant chacun des
épisodes de notre vie. La clé de ces souvenirs est suspendue à une petite odeur, quelque part, cachée, que l'on retrouve lorsque la chance se mèle au hasard. C'est à la fois plaisant et triste ;
plaisant car le souvenir est intact et puissant, mais triste, car fugace et involontaire.
Vous avez dit...